Vers une cosmétique plus responsable...



Avec la montée de la tendance du "conscious consumer", ce consommateur qui privilégie les valeurs, la transparence, le respect, on voit apparaître de nouveaux discours qui dépassent la notion du "bio", souvent émanant d'une recherche de sécurité/innocuité (perçue).


Un des axes émergeant, est celui du "Fair-Green", tendance de coeur, d'éthique et plus civique, une cosmétique qui fait du bien!


D'après Mintel (article Cosmetiquedesign) , 2260 produits cosmétiques éthiques ont été lancés en 2007, soit 5 fois plus qu'en 2006.


Lors du dernier salon Beyond Beauty à Paris, la conférence sur le "Bio-Piratage" * pointait du doigt la nécessité d'une équité envers les populations locales détentrice de savoir-faire ancestraux d'actifs naturels qui intérèssent l'industrie de la cosmétique.


Nous avons interrogé Daniel Joutard, créateur de la marque Aïny, qui a reçu le prix "coup de coeur" du Jury Beyond Beauty et qui lancera sa gamme très prochainement sur le marché Européen. Une marque qui est certifié bio, mais surtout une marque qui prône plus de respect et d'éthique allant jusqu'à refuser le principe des brevets, par respect des collectivités locales.


Quelle a été ta principale source d'inspiration pour ce nouveau projet?
Je travaille depuis plus de 10 ans avec des peuples autochtones au Pérou et en Equateur. Pour eux la nature est enchantée. Les arbres, les collines, les rivières, tout a une âme. Quand on voit le monde de cette manière là, on le respecte beaucoup plus.
Leur connaissance des plantes dans un des endroits les plus divers de la planète est une richesse incroyable. Un chamane ou un guérisseur peut connaître et utiliser jusqu’à 400 plantes actives pour soigner ses patients.

Dans un contexte de forte concurrence, particulièrement dans le secteur des soins bio, comment allez-vous vous positionner?
Nous travaillons avec des chamanes, des guérisseurs et des communautés locales sur les plantes sacrées. Ces plantes sont utilisées dans des rituels magiques de guérison, elles ont souvent une activité biologique exceptionnelles. Elles sont au cœur de notre recherche et nous permettent d’apporter des solutions au vieillissement prématuré de la peau.

Le controle de toute la chaîne est également une dimension forte de notre identité. Nous sommes présents en permanence et depuis longtemps en Equateur et au Pérou. C’est essentiel pour garantir la traçabilité des plantes, la qualité de nos produits et le respect de notre philosophie. Nous avons également notre propre laboratoire dans la région parisienne où notre équipe scientifique créée nos extraits et nos soins.


AÏNY est non seulement une marque de soin bio, mais également une marque qui porte un message fort sur le besoin d'une plus forte collaboration avec les collectivités qui sont à l'origine des actifs. Peux-tu nous en dire plus?
Les savoirs des peuples autochtones orientent notre R&D et nous font gagner un temps précieux. Leurs histoires nourrissent la nôtre, ils nous aident à être unique. Il est normal de partager cette valeur avec eux.
Nous signons des accords de partenariat avec les organisations qui les représentent. Ils prévoient, entre autre, le versement de 4% de notre CA à des fonds de micro projets locaux pour avoir le droit d’utiliser les savoirs et les histoires qui y sont associées.
Le travail avec les organisations autochtones est compliqué et exigeant. Plusieurs années sont nécessaires pour créer la confiance et nouer de vraies relations.

Votre charte inclut des engagements forts, notamment des engagements contre la biopiraterie et un engagement à ne déposer aucun brevet. Comment la marque assure sa distinctivité et se protège?
Malgré le temps et les moyens investis, nous considérons que notre contribution à la connaissance des plantes reste modeste face au travail de générations de chamanes et de guérisseurs. Déposer un brevet parce que nous avons de l’argent et que nous connaissons le système nous parait injuste. Ce ne serait d’ailleurs pas du tout compris localement et serait vécu comme un vol, comme une trahison.
Notre meilleure protection reste notre exigence dans la qualité de nos produits, la confiance des peuples autochtones et celle de nos futures clientes.


*définition selon Aïny : appropriation du savoir faire traditionnel d'un peuple autochtone et de la biodiversité par les laboratoires, notamment sous forme de brevets.

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